Comment retrouver une communication saine dans le couple?
Introduction : quand le dialogue s’éteint dans le couple
La communication est au cœur de toute relation de couple. Quand elle fonctionne, elle nourrit l’amour, la complicité et le quotidien partagé. Mais quand elle se brise, tout semble s’effondrer : disputes répétées, silences douloureux, incompréhensions. Dans ces moments-là, beaucoup de couples cherchent un thérapeute de couple, s’interrogent sur un conseil conjugal, consultent un psy de couple, ou se tournent vers une thérapie de couple. L’objectif est toujours le même : retrouver une parole fluide, une écoute sincère et un accompagnement de couple qui redonne de l’air à la relation. C’est aussi ce que propose le conseil matrimonial, un espace pour réapprendre à dialoguer.
Dans cet article, nous allons explorer pourquoi la communication est si essentielle dans un couple, ce qui bloque quand elle disparaît, et comment il est possible de la reconstruire. Enfin, nous verrons l’intérêt de se faire accompagner pour retrouver une communication saine, constructive, et poser les bases d’un couple heureux et épanoui, que ce soit à Grenoble ou en visio.
Pourquoi la communication est la clé d’un couple solide
Quand la parole s’éteint, le couple s’étouffe
Quand un couple n’arrive plus à communiquer, ce n’est pas seulement la parole qui disparaît : c’est tout le lien qui se fragilise. Les disputes se multiplient, les silences deviennent lourds, et le quotidien se transforme en terrain miné. Les enfants perçoivent l’ambiance tendue, la famille élargie s’en trouve affectée, et même les moments de détente perdent leur saveur.
Un thérapeute de couple ou un conseil conjugal peut aider à comprendre ce blocage et à ouvrir à nouveau un espace de dialogue.
Comprendre ce qui se joue derrière les mots
La communication ne se limite pas à ce que l’on dit : le ton, les gestes, les silences transmettent souvent plus que les paroles. Beaucoup de malentendus viennent du fait que l’on entend une attaque là où il y avait une peur ou un besoin.
Par exemple, derrière la phrase : « Tu ne t’occupes jamais de moi », se cache souvent : « J’ai besoin de sentir que tu es présent ».
Un thérapeuthe de couple aide à décoder ces messages implicites et à poser des mots plus justes sur ses émotions.
Les erreurs fréquentes dans la communication de couple
Vouloir avoir raison plutôt que comprendre
Nombre de disputes ressemblent à un tribunal où chacun cherche à prouver qu’il a raison. Mais dans un couple, gagner contre l’autre revient toujours à perdre ensemble.
Le conseil matrimonial invite à passer du réflexe « convaincre » au réflexe « comprendre ».
La fuite ou le silence comme réponse
Certains partenaires choisissent de se taire pour éviter le conflit. Mais ce silence, loin d’apaiser, crée un gouffre. L’autre interprète alors ce retrait comme du désintérêt, voire du mépris.
En thérapie de couple, on apprend à redonner une place à la parole, même maladroite, plutôt que de laisser s’installer le vide.
Les malentendus du quotidien
Une remarque sur la vaisselle, un oubli d’anniversaire, une parole prononcée trop vite… Ce qui pourrait être anodin se transforme en tempête. Ces micro-conflits, accumulés, pèsent lourd sur la relation.
Un accompagnement de couple aide à repérer ces pièges et à retrouver de la légèreté dans les échanges.
Retrouver une communication de couple saine pas à pas
Revenir à l’écoute véritable
Écouter, ce n’est pas attendre son tour pour répondre. C’est chercher à comprendre l’autre en profondeur.
En séance, un thérapeute de couple guide parfois par des exercices simples : chacun parle deux minutes sans être interrompu, puis l’autre reformule ce qu’il a entendu. Cet exercice révèle souvent des malentendus et apaise les tensions.
Reformuler et valider
Dire à son partenaire : « Si je comprends bien, tu ressens… » est une clé puissante. La reformulation montre que l’on a entendu et reconnu l’émotion.
Le conseil conjugal insiste sur cette validation, car elle redonne confiance et fait tomber les défenses.
Oser exprimer ses besoins sans attaquer
Les phrases commençant par « tu » sont souvent vécues comme des accusations. Passer au « je » change tout.
Exemple :
En thérapie de couple, on apprend à exprimer ses besoins sans blesser, ce qui transforme le climat relationnel.
Mettre en place de nouveaux rituels de communication pour le couple
La communication ne se résume pas à gérer les crises. Elle consiste aussi à créer des moments de connexion réguliers.
Quelques rituels simples proposés en accompagnement de couple :
Ces habitudes simples renforcent le lien jour après jour.
Pourquoi un accompagnement extérieur aide vraiment
Le rôle du thérapeute de couple
Un thérapeute de couple n’est pas un juge. Il offre un espace sécurisé, neutre, où chacun peut s’exprimer. Il aide à traduire les reproches en demandes, à transformer les silences en confidences.
Dès les premières séances, de nombreux couples ressentent un apaisement, simplement grâce à ce cadre bienveillant.
La thérapie de couple pour réapprendre à parler sereinement
La thérapie de couple n’est pas seulement une réparation d’urgence. C’est aussi un lieu d’apprentissage. Les couples y découvrent des outils qu’ils pourront réutiliser dans leur vie quotidienne.
Petit à petit, les échanges changent de ton :
Ce sont de petits pas, mais qui transforment profondément le climat relationnel.
Mon accompagnement de couple à Grenoble ou en Visio
Pour qui ?
J’écris cet article pour les couples qui ont du mal à communiquer sereinement. Ceux qui se sentent piégés dans des disputes sans fin, ou dans un silence pesant.
Comment ?
Je propose un accompagnement de couple à Grenoble ou en visio. C’est un espace bienveillant, neutre, où chacun peut se dire sans crainte d’être jugé. Ensemble, nous travaillons à réapprendre des outils de communication simples et efficaces.
Vers quoi ?
Cet accompagnement vise un double objectif :
Quand le couple va mieux, tout l’entourage en bénéficie : les enfants grandissent dans un climat plus serein, la famille se construit sur un terrain fertile.
Conclusion : se tourner vers l’avenir d’un couple épanoui
Quand la communication se bloque, tout vacille. Mais il est possible de réapprendre à dialoguer. Un thérapeute de couple, un conseil conjugal, un psy de couple, une thérapie de couple ou un accompagnement de couple offrent des chemins précieux pour sortir de l’impasse. Le conseil conjugal rappelle que parler, ce n’est pas se battre : c’est chercher à se retrouver.
À Grenoble ou en visio, je propose un accompagnement qui permet aux couples de se tourner vers l’avenir. Un avenir où la communication devient un soutien, une ressource. Un avenir de couple heureux, épanoui, ouvert sur la vie.
La communication consciente dans le couple?
Table des matières
I) Qu’est-ce que la communication consciente ?
I-A) Principe de la communication consciente
I-B) Les cinq composantes de la communication consciente
I-B-b) Les sentiments et le comportement
I-B-c) Les besoins personnels et relationnels
I-B-e) Le chemin de croissance
I-C) Les différentes phases par lesquelles nous passons en utilisant la communication consciente
I-D) Temps de parole et écoute
II) Etude de vignettes cliniques
II-1) Première vignette clinique : couple
II-1-a) Situation avant l’entretien
II-1-c) L’entretien vu par le prisme de la communication consciente
II-2) Deuxième vignette clinique : une dame
II-2-a) Situation avant l’entretien
II-2-c) L’entretien vu par le prisme de la communication consciente
III) Le rôle de la Conseillère Conjugale et Familiale
III-1) L’observation et le comportement
III-2-a) Exprimer son sentiment
III-2-b) Attention aux interprétations ou jugements
III-2-c) Faire le tri des sentiments
III-2-d) Distinguer les sentiments des interprétations mentales
III-2-e) Faire préciser le sentiment
III-2-f) Coût élevé des sentiments inexprimés
III-3-g) Entendre les sentiments de l’autre
III-3-a) Expression des besoins
III-3-b) Les jugements portant sur les autres
III-3-c) Coût élevé des besoins inexprimés
III-3) Le chemin de croissance
III-4) La communication consciente pour la CCF elle-même
Je m’aperçois que la communication est un sujet fondamental dans le couple. Il revient dans chaque entretien sous une forme ou sous une autre. Il s’agit de la communication avec l’autre mais également de la compréhension de soi-même.
Ainsi je m’aperçois que c’est le cœur même du métier de Conseillère Conjugale et Familiale.
Une méthode de communication, couramment appelée Communication Non Violente (CNV) existe.
La CNV a vu le jour dans les années 1970. Elle présente des similitudes avec l'approche centrée sur la personne du psychologue Carl Rogers, dont Marshall B. Rosenberg fut un des élèves. L'expression « non violente » est une référence au mouvement de Gandhi. Elle traduit le souhait d’une communication qui ne nuise pas à l’autre. Nous nous appuierons donc sur la vision de Marshall B. Rosenberg.
Nous préfèrerons l’appeler dans cet article : Communication Consciente. Cette appellation évoque la conscience de ce que l’on est, et de ce que l’on exprime. Le simple fait d’améliorer notre compréhension de soi et de l’autre, dans le couple, nous permet d’être mieux soi-même et mieux avec l’autre. Je l’ai expérimenté personnellement, et je m’efforcerais dans ma pratique d’en faire bénéficier les autres.
La méthode de communication consciente est très puissante. Bien utilisée, elle peut permettre d’apaiser les relations avec soi-même et avec l’autre. Cependant une aide est nécessaire pour parvenir à l’appréhender. Il est à mon sens primordial d’être guidé dans sa communication. Il est très improbable, sans soutien extérieur, de pouvoir changer ses habitudes, ses façons de communiquer, ses croyances. La théorie est aisée, la pratique ardue.
A l’aide de la « communication consciente », comment une Conseillère Conjugale et Familiale (CCF) peut-elle aider à mieux se comprendre soi-même et à mieux comprendre l’autre.
Nous verrons dans un premier temps ce qu’est la Communication Consciente.
Nous étudierons dans un deuxième temps deux cas cliniques.
Dans un troisième temps nous parlerons plus précisément de la Conseillère Conjugale et Familiale. Nous verrons comment elle peut utiliser cette méthode de communication dans sa pratique.
Pour ne pas alourdir le texte j’emploierai le terme CCF au féminin car les CCF sont majoritairement des femmes mais il faudra comprendre la ou le CCF.
De plus lorsque nous citerons Marshall B. Rosenberg, il s’agira de son ouvrage « Les mots sont des fenêtres ou bien ce sont des murs ».
I) Qu’est-ce que la communication consciente ?
Marshall B. ROSENBERG est un des fondateurs de la Communication Non violente. Son livre « Les mots sont des fenêtres ou bien ce sont des murs » explique la méthode.
Marshall B. ROSENBERG part du principe que notre nature profonde est bienveillante.
A l’origine, il s’interroge : « Comment pouvons-nous être coupés de notre bonté naturelle au point d’adopter parfois des comportements violents et agressifs ? » Et inversement, il se demande pourquoi certains individus parviennent à rester en contact avec cette bonté naturelle même dans les pires circonstances.
En ce qui me concerne, j’ai plutôt le sentiment que la violence est en chacun de nous.
Le langage a alors, quel que soit le principe envisagé, un rôle déterminant. Il peut permettre de favoriser notre bienveillance et/ou d’exprimer notre agressivité naturelle de façon à pouvoir être entendue.
La communication consciente nous incite à identifier les comportements et les situations qui nous touchent. L’histoire qui suit de Marshall B.ROSENBERG illustre exactement cet élément fondateur de la communication consciente.
« Je raconte volontiers l’histoire de cet homme un rien éméché, qui cherchait quelque chose à quatre pattes au pied d’un lampadaire. Un policier passant par-là lui demanda ce qu’il fabriquait. « Je cherche mes clés de voiture », répond-il. « Vous les avez perdues par ici ? » demanda le policier. « non, répliqua-t-il. Elles sont tombées dans l’allée. » Puis, voyant l’air déconcerté de l’agent, il s’empressa d’ajouter : « Mais c’est beaucoup mieux éclairé ici. »
« Dirigeons notre conscience là où nous avons des chances de trouver ce que nous cherchons.»
Pour ne pas être attiré par la lumière comme cet homme saoul, la communication consciente va alors se faire en cinq étapes. Ces étapes nous aident à regarder tout autour de nous, même dans les endroits les plus sombres !
J’observe un comportement concret ou une situation précise qui affecte mon bien-être.
Il est important que le sujet de communication soit précis, et récent ou récurrent.
Il s’agit d’identifier clairement ce que nous percevons, qui affecte notre bien-être. Sans y mêler la moindre évaluation. Sinon notre interlocuteur risque d’entendre une critique.
Vous trouverez en annexe 1, un petit exercice de Marshall B. Rosenberg pour différencier évaluation et observation.
A noter qu’il est important de faire cette observation ‘à froid’ : Inutile de se lancer dans cette méthode si la tension n’est pas redescendue.
Lorsque nous nous sentirons plus à l’aise avec la communication consciente il sera possible de l’utiliser en temps réel, mais cela nécessite de la pratique.
Marshall B. Rosenberg explique que les sentiments non exprimés ont un coût. Le texte en annexe 2 illustre bien ce qui se passe lorsque nous n’exprimons pas nos sentiments. Nous devenons autres et oublions qui nous sommes.
Cette deuxième étape de la Communication Consciente permet de réagir à la situation évoquée au chapitre précédent en identifiant ses propres sentiments. Un sentiment n’est ni bon, ni mauvais. C’est un sentiment. L’individu peut parvenir à préciser de très grandes nuances de sentiments.
En annexe 3, on trouvera une liste de sentiments à laquelle on peut se référer.
Il est intéressant de rajouter à ce sentiment le comportement qui en découle.
Il est nécessaire de cerner les désirs, besoins ou valeurs qui sont à l’origine de ce sentiment. Cette troisième étape de la communication consciente consiste à identifier l’origine de nos sentiments. Ce sont nos besoins. Cette étape nous permet de comprendre que la situation définie en a) est un facteur déclenchant, mais jamais la cause réelle de nos sentiments.
En annexe 4, on trouvera une liste de besoins personnels à laquelle on peut se référer.
D’autre part il faut chercher à comprendre quels sont les besoins relationnels que j’ai mis en avant en me comportant ainsi. Est-ce le besoin d’être valable, le besoin d’être aimé, le besoin d’appartenance ou encore le besoin d’autonomie? On trouvera an annexe 5 ces besoins détaillés plus précisément.
Cette situation m’a procuré un mal-être. Je discerne mes peurs, mes doutes ou mes fragilités. Nous trouverons en annexe 6 des exemples.
Je choisis des actions concrètes qui m’aident à évoluer. La communication consciente nous sert avant tout à développer notre bienveillance envers nous-même.
Que pourrais-je faire dans une situation analogue?
Ensuite on exprime des demandes concrètes à l’autre. Il est nécessaire de formuler sa demande avec délicatesse pour qu’elle ne soit pas perçue comme une exigence. Les demandes sont perçues comme des exigences lorsque le destinataire est convaincu qu’il sera critiqué ou puni s’il n’obtempère pas.
On trouvera en annexe 7 un exemple de difficulté à formuler une demande.
Comme l’exprime Marshall B . Rosenberg, nous pouvons passer par plusieurs étapes lorsque nous utilisons la communication consciente.
La première phase est l’esclavage affectif : Nous nous croyons responsable des sentiments des autres. Le but alors de la CCF est de faire prendre conscience à la personne qu’elle n’est pas responsable des sentiments de l’autre.
La deuxième phase, nommée par Marshall B. Rosenberg ‘phase exécrable’. C’est celle où nous sommes en colère. Nous ne voulons plus endosser la responsabilité des sentiments d’autrui. Nous avons tendance à réagir à la souffrance de l’autre par des réflexions désagréables : « C’est ton problème !»
Et la troisième phase est la libération affective : Nous réagissons au besoin des autres uniquement par bienveillance, et jamais par crainte, culpabilité ou honte. La libération affective consiste à exprimer clairement ce que nous voulons, tout en veillant à ce que les besoins des autres soient satisfaits.
Dans la communication consciente il est nécessaire de s’ouvrir à l’autre : accepter la communication en se tournant vers l’autre et en lui signifiant par son attitude qu’on lui offre ce dialogue d’une part et cette écoute d’autre part. La communication consciente est comme un cadeau que chacun s’offre.
Il est important de rajouter que dans la communication consciente chacun doit avoir un temps de parole. Sans être coupé. L’autre doit simplement écouter sans interrompre celui qui parle.
Ensuite quand la première personne a fini de s’exprimer, la deuxième peut donner son sentiment principal par rapport à ce qu’il a entendu. Il peut ensuite demander des précisions sur ce qu’il a entendu. Il doit rester sur le sujet de l’observation première et ne pas dévier sur un autre thème.
Lorsque la personne qui a écouté semble avoir bien compris la personne écoutée et que la personne écoutée est satisfaite de la compréhension de l’autre alors les rôles peuvent s’inverser.
Voici résumé ce qu’est la communication consciente.
En conclusion à cette partie, nous pouvons dire que la communication consciente passe par cinq étapes pour être complète. Elle nous permet de mieux nous comprendre nous-même d’une part et ainsi de mieux nous accepter, nous pardonner pour entamer une phase de croissance. D’autre part, elle permet de mieux communiquer avec l’autre. L’objectif est de mieux se faire comprendre par l’autre et de mieux le comprendre pour entamer un processus de croissance à deux.
La théorie est aisée et nous allons voir dans les vignettes cliniques suivantes que la pratique l’est moins.
II) Etude de vignettes cliniques
Nous sommes en mai 2021. La CCF suit ce couple depuis le 4 août 2020 à raison d’une séance une à deux fois par mois. Il s’agit d’un couple qui a des difficultés à trouver une stabilité. Elle est chinoise et parle couramment français. Fille unique, elle est fonctionnaire. Elle a eu une éducation en Chine assez stricte, sans divertissement. Elle n’a pas été éduquée au plaisir. Il y a donc une différence culturelle. Elle a le cliché du romantisme français : restaurant à la chandelle…
Elle est assez abrupte dans ces propos, lui est plus nuancé.
Après leur rencontre, le couple a fait un bébé assez rapidement. Ils ont construit leur maison et sont encore dans les travaux d’aménagement intérieur.
Lui s’avère être un papa investi dans l’éducation de leur enfant. Il se lève la nuit, change les couches. Elle a réalisé la différence d’éducation entre celle qu’elle a reçu et celle que son enfant reçoit du papa. Elle se sent affaiblie et se demande lors des séances précédentes quelle enfance elle a eue. Elle grondait son enfant de 3 ans ; l’enfant l’a rejeté. Ses copines lui ont fait remarquer que son homme ne l’aimait sûrement pas puisqu’il ne l’a pas épousé.
Les horaires de travail de monsieur sont en décalage avec ses horaires à elle.
Elle a fait une fausse couche. Le couple s’est alors demandé si ce n’étais pas un signe du destin, signifiant qu’ils n’étaient pas fait pour continuer leur vie ensemble. Elle menace de partir en Chine. Elle n’a pas de famille en France. Sa famille à lui est très présente.
Lors du précédent entretien, la CCF leur avait demandé de faire une sculpture avec leur corps de la représentation qu’ils avaient chacun de leur couple. Elle a positionné les deux corps dos à dos. Lui a positionné leurs deux corps enlacés face à face.
La CCF leur avait proposé lors du dernier entretien un exercice à faire pour l’entretien suivant : Chacun écrit sur des post-it, dix évènements importants de leur vie de couple. Ensuite le couple se met d’accord pour en choisir dix.
De plus ; la CCF a demandé que le couple leur confirme sa venue au rdv fixé précédemment. Le couple a envoyé un sms tardivement pour s’excuser de n’avoir pas confirmé leur venue à cause d’une crise qu’ils venaient de vivre en couple. Mais qu’ils se rendraient à l’entretien.
Nous écrirons entre guillemets les questions de la CCF et sans guillemet celle du couple. Notons que le discours est retranscrit de notes prises et donc les phrases et les mots ne sont pas forcément exactement ceux prononcés.
«Comment va le couple, que dirait Monsieur ? »
Monsieur : Pas trop bien.
« Pourquoi ? »
Nous avons eu une grosse crise. Nous nous sommes demandés si nous étions faits pour vivre ensemble. Avec la thérapie on avance beaucoup, mais on s’aperçoit qu’originellement on est très différent. « C’est toujours une question d’actualité ? » On se demande aussi pourquoi on continue ici aussi. « Bien sûr. » On annule beaucoup de chose à cause de cette crise.
« C’est ce que Monsieur dit de cette crise et vous, où en êtes-vous Madame ?
Madame : C’est toujours moi qui déclenche la crise, comme d’habitude. Je n’en pouvais plus. Nous faisons chambre à part.
« Et est-ce que ça vient poser la question : est-ce que l’on accepte la différence ? »
Mais en fait on est un peu pareil. On ne supporte pas l’autre qui fait les mêmes choses que soi.
« Monsieur, vous avez une réaction par rapport à ce que dit Madame? »
Monsieur : Elle a retenté de parler de suicide. Je l’ai retenue. Si demain je ne la retenais pas, qu’est-ce qui se passerait ? Tout était négatif. J’ai peur de ce qui peut se passer. Elle a un caractère impulsif, elle n’écoute pas trop.
« Vous pensez au suicide Madame ? »
Madame : « Je ne vois pas à quoi je sers quand je suis désespérée ; je ne vois pas pourquoi je vis. Mais je n’ai pas envie de mourir.
« Quel sens donner à votre vie si il y a séparation ? »
Madame : La séparation va me faire souffrir. J’ai déjà vécu ça. C’est trop dur de se séparer de ma famille et je ne vais pas me faire chouchouter par mes parents.
« Vous demandez à Monsieur de combler ce vide, le fait de se sentir seule. Les crises sont normales dans les couples ; par contre c’est l’ampleur que cela prend qui pose question. Qu’est-ce qui fait que cela va jusqu’aux mots de séparation et de suicide. Qu’est ce qui fait que l’on va jusque-là ? »
Madame : Je fais la crise quand Monsieur me reproche des évènements passés. Je l’ai appelé quand j’étais énervée à cause du chien qui avait arraché les deux plantes. Quand je prends une décision, il me ressort la faute : C’est toi qui a voulu un chien, c’est de ta faute m’a-t-il dit. Si ton fils ne te fait pas de câlin c’est parce que tu ne t’occupes pas de lui.
« Vous aimeriez que Monsieur soit plus en empathie plutôt que dans les reproches ? »
Madame : oui, car ça ne sert à rien, je ne peux pas rendre le chien.
« Qu’est-ce qu’il veut vous montrer ? »
Madame : Qu’il avait raison. Il aimerait entendre que ce chien est en effet une source d’ennuis.
« Est-ce qu’il y a autre chose aujourd’hui que Monsieur veut vous montrer ? »
Madame : Oui la pelouse ! Monsieur ne veut pas faire la pelouse. « Alors si vous faites la pelouse, il va vous le faire payer dans les six mois ? »
Madame : Oui !
« Pour aller dans l’absurde : vous vendez le chien. »
Madame : oui, c’est ce que j’ai fait ; je l’ai mis sur Le Bon Coin. Je l’ai appelé, et Monsieur a fait une crise !
« Et quand vous l’appelez, il est où ? Vous assurez-vous qu’il est disponible ? »
Madame : Oui il est dans le bureau. Puis j’ai appelé sa maman. Personne n’était d’accord pour vendre le chien. Sa maman l’a pris.
« On va demander à Monsieur si ce que vous dites est fidèle à ce qui s’est passé selon lui. »
Monsieur : Oui mais il manque des petits bouts. Le chien, il fallait l’éduquer, le sortir.
« Est-ce-que vous entendez la lassitude de Madame ? »
Monsieur : Oui, mais on a proposé des solutions. Elles n’ont pas été appliquées. Pour notre fils : on avait proposé qu’elle aille lui changer la couche, qu’elle lui fasse prendre le bain. Fais-le ! Participe ! Il n’y a rien qui est fait ! Elle se plaint que notre fils ne veut pas qu’elle vienne au parc avec nous ; mais il faut qu’elle y aille quand même ! J’ai aussi cette lassitude que rien ne bouge.
« A chaque fois, vous revenez sur le passé (histoire du chien, du congélateur…). Vous allez chercher les preuves que vous aviez raison. »
Monsieur : Madame marche au coup de cœur. Dès qu’elle a une idée, il faut la faire et après elle me le reproche. Une fois, deux fois… et ensuite je sature.
« Ce que j’entends c’est que Madame est impulsive. Vous l’avez aimé aussi pour ça. Elle vient se décharger sur vous ; elle cherche une épaule consolatrice. Pour vous c’est trop difficile de l’entendre se plaindre.»
Monsieur : Oui, on cherche des solutions et on ne les applique pas et ensuite on se plaint.
« Vous avez l’impression d’être le jouet de Madame ? »
Monsieur : Pour le chien, on s’en débarrasse. Pour notre fils : il va faire des conneries et on va le vendre sur Le Bon Coin. Pour une fois que j’ai fait la gueule, Madame parle de suicide. Moi je n’ai pas le droit d’être contre. A chaque fois, c’est moi qui cède. Pour la couleur des fenêtres, j’ai encore cédé.
« Et Madame parle de solitude. Quand vous faites la tête, Madame est vite désorientée. Avez-vous l’impression que Madame vous en demande trop ? »
Monsieur : Pas trop, mais trop vite, tout de suite.
« Madame ne gère pas la frustration. »
« On dirait que chacun veut être l’expert en toute chose. Il n’y a pas de plaisir à céder. Elle est où la notion de plaisir ?
Monsieur : Dans la maison qu’est-ce que j’ai choisi ?
« Et tout cela remet en cause le couple ? »
Monsieur : Le jour de la crise elle a demandé comment annuler le mariage. On ne fait que se reprocher des choses. Et peu importe ce que je fais. Cela va finir par un drame.
« Chacun se sent lésé à sa manière. »
Monsieur : Je cède pour lui faire plaisir et j’aimerai qu’elle cède aussi. On a choisi des choses ensemble ; je l’ai suivi dans ses choix.
« Vous savez que la maison représente le foyer.»
« Tout cela revient à la même histoire : est-ce que l’on y va ou pas ? Est-ce que je pars en Chine ou je reste. Mais là c’est partir plus loin. »
Madame : J’avais juste envie de fuir l’endroit.
« Vous ne vous sentez pas assez attaché à votre enfant, vous éprouvez de la tristesse ?
Madame: Oui
« Vous voudriez que Monsieur vous accompagne dans votre tristesse ? »
« Monsieur, voyez-vous la différence ? Vous lui avez renvoyé que c’est sa faute ? »
Monsieur : Oui mais c’est sans fin. Pour notre fils, je lui dis d’aller faire un bisou à sa mère mais il faut aussi qu’elle fasse un effort.
« Et est-ce que vous, votre effort, ne serait pas de se focaliser sur l’empathie ? Elle ne vient pas chercher une erreur. Ne serait-il pas intéressant de rester dans le présent ? Madame m’appelle : elle a besoin de moi. Je comprends, tu es triste. Sans chercher de solution. Madame est seule et quand elle vous appelle, elle se sent encore plus seule. »
« Et vous Madame, qu’est-ce qui fait que vous n’arrivez pas à différer la plainte ? Pourriez-vous attendre le soir pour lui en parler ? »
Madame : Je suis trop énervée.
« Madame, si on va au fond du raisonnement inverse : la séparation. Arrivez-vous à vous projeter dans la séparation ? »
Madame : Ce sera douloureux ; je ne sais pas si je supporterai. Je me sentirai vraiment seule.
« Vous vous sentez seule même avec la présence d’un mari, d’un enfant et d’un chien. »
Madame : Oui
« Plutôt que de vous tenir la main, il vous pointe du doigt. »
Madame : Avec mes parents, j’ai lâché des choses que je ne voulais pas du tout car mon père m’a parlé gentiment. Il était tellement gentil.
« Vous demandez à Monsieur d’aborder les choses plus sereinement ? Comment pensez-vous qu’il pourrait exprimer son ras-le-bol ?
Madame : son sale caractère, il n’y a que moi qui le vois.
« Vous ne vous sentez pas aimée ? »
Madame : Je ne vois pas l’envie pour lui pour le mariage.
« Vous êtes toujours en quête de son amour ? »
« Nous allons dépasser l’heure, nous allons devoir arrêter. Il y a des choses qui me sautent aux yeux :
Pour Madame : J’ai entendu votre colère, votre frustration, la difficulté à différer.
Pour Monsieur : Se dire que si elle m’appelle, ce n’est pas pour rien. Vous pourriez lui proposer d’en parler le soir et d’être plus dans les encouragements. Plutôt que de faire la tête, vous pourriez mettre un sous-titre à ce qui se passe pour vous. Là, je suis en colère ; pendant deux jours je vais être un peu plus distant ; laisse-moi ce temps dont j’ai besoin. »
Lors de cet entretien j’ai ressenti pour ma part de la tristesse. J’ai senti que ces deux personnes qui semblaient s’aimer, n’étaient pas en lien dans ce qu’elles exprimaient. Chacun donnait son point de vue sans comprendre réellement l’autre. C’est ainsi que les problématiques tournent en boucle comme me l’exprimait la CCF à la suite de l’entretien. Il m’a semblé que le but de leur communication était d’avoir chacun raison. J’avais l’impression que chacun voulait démontrer que l’autre agissait mal. D’ailleurs en écrivant « démontrer », j’ai écrit « démonter » : lapsus révélateur ? Et ça m’a fait penser à nos débuts avec mon mari dans ce processus de communication consciente. On fait des reproches à l’autre et on attend que quelqu’un nous dise : « ah oui tu as raison, c’est inadmissible ce qu’il a fait ! » Et quelle serait la suite alors ? « Tu as raison, il doit être puni ! Va au coin ! »
J’ai eu l’impression que chacun, dans ses propos, cherchait inconsciemment que la CCF devienne une alliée et qu’elle mette au coin l’autre ! Ca les aurait bien fait avancer, n’est-ce pas ?
La CCF, dans cette méthode de communication consciente, leur fait prendre conscience que le but n’est pas de rechercher des coupables mais de se comprendre soi, de se faire comprendre puis de comprendre l’autre. Et c’est ainsi que les problématiques évolueront. Elles reviendront mais toujours différentes.
Pour avoir une vision plus synthétique de cet entretien, par le prisme de la communication consciente, j’ai repris les cinq étapes de la communication consciente dans le tableau suivant. Les éléments soulignés sont ceux nommés par la CCF.
Communication consciente
Madame
Monsieur
Observation/comportement
Quand Mr me reproche des évènements passés
Partir se suicider
Une grosse crise
Elle a parlé de suicide
Les solutions proposées ne sont pas appliquées
Sentiments
Je n’en pouvais plus
Désespérée
Se sentir seule/seule
Solitude
Tristesse
énervée
peur
lassitude
saturation
Besoins personnels/relationnels
épaule consolatrice
Que Mr accompagne Mme dans sa tristesse
avoir raison
Peurs/doutes
Chemin de croissance
Différer la plainte
Mr plus dans l’empathie ; aborder les choses plus sereinement,
Mr plus dans les encouragements
Mettre un sous-titre
Aimerait entendre que le chien est une source d’ennui
Il faut qu’elle fasse un effort
On voit alors nettement que grâce à la CCF, chaque membre du couple a pu exprimer des parts importantes des cinq étapes de la communication consciente. Chacun a pu repartir avec une meilleure compréhension de l’autre. A la fin de l’entretien le couple s’est d’ailleurs enlacé.
Ce couple est vu depuis presque un an. Beaucoup de choses ont était dites lors des entretiens précédents dont nous n’avons pas connaissance. Dans mon analyse, je peux seulement dire ce que l’on aurait pu faire lors de cette séance si on avait appliqué cette méthode de communication consciente.
Ainsi on aurait étudié une seule observation par personne. Par exemple, on aurait pu choisir pour Madame : « Lorsque Monsieur m’a reproché d’avoir acheté un chien ». C’est un élément qui est revenu plusieurs fois lors de l’entretien. Pour Monsieur, il semble que le point majeur soit l’évocation du suicide de Madame.
Ainsi, par cette méthode de communication consciente, on peut amener la personne à dérouler les cinq points de façon précise.
Pour Madame, on aurait pu ainsi préciser le sentiment de Madame face à cet évènement : est-ce plus un sentiment de solitude, de tristesse, de désespoir ou de colère ? Lequel est le plus fort ?
Le besoin de Madame a été exprimé par la CCF. Il aurait été intéressant qu’elle cherche par elle-même son besoin personnel. Est-ce un besoin d’affection, d’appartenance, de sécurité, de communication ou encore de compréhension ?
On aurait pu aussi lui poser des questions pour définir son besoin relationnel : avait-elle besoin d’être valable ? Ou bien le besoin d’être aimé était-il le plus fort ? Peut-être était-ce un besoin d’appartenance ou encore un besoin d’autonomie ?
En se comportant ainsi, qu’est-ce qui a été touché en elle ? Quelles peurs, quels doutes, quelles fragilités se cachent derrière son comportement ?
En connaissant ses peurs ou ses doutes, Madame aurait pu trouver un chemin de croissance pour elle et/ou pour Monsieur.
Ce chemin de croissance aurait été lié à un évènement récurrent dans leur vie de couple. Cet évènement se répétera certainement. Par ce travail, ils auraient tous deux une meilleure compréhension l’un de l’autre. Ils pourraient alors réagir à nouveau avec leurs limites, mais en ayant fait un pas l’un vers l’autre.
Et du côté de Monsieur : il aurait été intéressant de travailler sur ce moment précis où Madame lui a parlé de suicide. Quel a été son comportement à ce moment-là ? Cette peur peut-elle être comparée à une peur déjà ressentie précédemment dans sa vie ? Etait-il affolé, anxieux, désarmé, horrifié, mal à l’aise ? On peut lui faire préciser son sentiment. A-t-il eu un autre sentiment mêlé à la peur ?
Qu’est-ce qui lui a manqué ? De quoi aurait-il eu besoin personnellement?
En se comportant ainsi, quel besoin dans la relation a-t-il mis en avant ?
Quels ont été ses peurs et ses doutes ?
Dans une situation analogue que pourrait-il faire ? Et que pourrait-il proposer à sa compagne ?
Il s’agit d’une dame. Elle ne se sent pas à sa place. Elle vient tous les quinze jours depuis juin 2019. Son mari a évolué aussi depuis qu’elle fait ce travail. Elle est complexée de l’origine de sa famille. Sa mère est illettrée. Elle est professeur de physique/chimie.
« Comment allez-vous cette semaine ? »
Il y a des hauts et des bas. Les bouteilles de whisky descendent très vite. Je vérifie le niveau. Une bouteille tous les trois jours. Est-ce normal ?
« Vous essayer de vous rassurer. »
On s’est accroché un soir, il était au téléphone. La télévision était allumée. Je l’ai éteins. Il s’est fâché. Très violemment, comme si je l’amputais de quelque chose d’essentiel. Comme si on n’avait plus rien à faire ensemble.
« C’est nouveau qu’il soit avec les uns et les autres au téléphone ? Vous m’aviez dit que Guillaume était assez seul ? »
Il se prend un peu plus en charge. Il s’est pris en charge pour faire un régime.
Je n’aborde pas la question de cette dispute car j’ai peur.
« Le Guillaume colérique était plutôt en sourdine. »
Je sens que je n’ai pas ma place dans la maison. Peut-être que je lui impose une vie trop contrainte. J’ai peur du moment où je serai à la retraite. On va se retrouver tous les deux à la maison.
« Comment vous êtes-vous sentie après cette dispute ? »
J’étais en colère et j’étais triste aussi. Mais je n’ai pas rediscuté avec lui. C’est toujours le même schéma : on s’accroche, on rumine puis on attend que ça aille mieux. Dans la vie qu’il a actuellement il n’est pas valorisé. Et je ne le valorise pas non plus. Je ne m’intéresse pas à ce qu’il fait.
« Et cette question d’alcool, je suis comme vous je ne sais pas si c’est un problème. »
Je n’avais pas remarqué.
« Qu’est-ce qu’il fait que vous en avez peur ? »
C’est qu’il n’aille pas bien, et qu’il ait besoin d’alcool. C’est peut-être de ma faute.
« Qu’est-ce-qui vous empêche d’en discuter avec lui. Vous pourriez lui dire : La semaine dernière tu as eu une réaction qui m’a choquée, tu veux bien que l’on en reparle ? »
J’ai peur d’être débordée par les émotions, de ne pas savoir lui parler calmement.
« Donc vous avez peur de vous-même ? » Oui.
Je n’ai pas envie de faire un effort et d’aller droit vers la rupture.
« Il parle de rupture mais il ne donne pas suite. » Non.
« Tant que vous n’abordez pas la question le passif est là. »
« Avez-vous déjà utilisé le mot rupture avec Guillaume ? » Non.
« N’attend-il pas quelque chose, votre mari, quand il vous parle de rupture ? »
« Comment envisages-tu la suite pour la retraite ? Est-ce-que c’est une question qui vous met dans une émotion forte ? »
Il a l’impression que je ne vais jamais arrêter de travailler. « Ca pointe les envies. » Il s’installe dans un mode de vie dans lequel moi, je n’existe pas.
« Comme si vous étiez dans deux mondes. Sur quel terrain se rejoint-on ? Et comme rien n’est dit, c’est difficile de trouver un terrain commun. »
« S’il est malheureux, vous avez l’impression que c’est de votre faute. » Je me sens responsable qu’il boive, qu’il ait grossi. « Il a commencé un régime. »
« Vous m’aviez dit qu’il était ronchon mais pas colérique. Moins manger, boire plus : c’est peut-être cela qui fait qu’il est en colère. »
« Lui avez-vous fait une remarque sur l’alcool déjà ? » Oui. C’était à lui de gérer m’a-t-il dit, et c’est tout. « Vous voudriez faire quelque chose ? » Oui, j’aimerai lui dire que je m’inquiète pour sa santé. C’est aussi égoïste de ma part, de chercher la tranquillité.
« Mais vous regardez le niveau, donc cela crée une inquiétude. Qu’est-ce qui vous empêche de parler de vous, de vos interrogations. Est-ce trop difficile pour vous ? » Ce qui est délicat c’est de trouver le ton juste. Quand je lui fais une remarque, j’ai l’impression d’être sa mère.
« C’est vous qui avez cette sensation ? » C’est sa réaction. Si je lui dis que je m’inquiète pour sa santé, il me répond que ça le regarde.
« Pourriez-vous vous nommer : en tant que ton épouse je m’inquiète… »
« Est-ce qu’il a eu quelque chose de spécial ces derniers jours ? » Non. « Ce qui a changé c’est que vous avez éteint la télévision. Ce serait peut-être plus facile pour vous de lui parler puisqu’il y a du concret de sa part. »
« Et cette routine, qu’est-ce que vous en dites ? » Elle ne me convient pas mais je me laisse porter par cette routine. Rompre cette routine me fait peur. C’est un mode de fonctionnement ancien. Tant bien que mal cela fonctionne. « Vous êtes en train de regarder le verre à moitié vide ou à moitié plein. Vous avez peur du conflit. »
On n’a pas évolué de la même manière. Il n’y a plus de point d’accroche entre nous. « Et pourtant j’entends que vous avez envie d’un changement. Il pense que vous allez continuer à travailler. Chacun est persuadé que l’autre ne va pas changer. Chacun campe sur sa position. C’est vous qui êtes là aujourd’hui. Vous mettez en conscience ce fonctionnement-là. » C’est moi. « C’est vous l’initiative du changement. C’est vous, ici, qui prenez conscience. Vous apportez le changement. L’autre va peut-être changer.
« En terme d’émotion, vous m’avez dit que vous avez peur de la colère. Si vous engagez la conversation, il faut bien choisir le moment. Vous pouvez lui dire l’inquiétude d’aujourd’hui, de la retraite de demain. Vous pouvez juste lui dire : tu peux parler avec moi, on n’est pas jugé. Vous voyez-vous le faire ? » Oui quand je suis là. J’arrive à m’imaginer quand les choses seraient apaisées entre nous et ça me donne envie. « A quel moment une conversation pourrait-elle être possible ? » Pas le moment du repas. Quand on fait une balade. « Est-ce que vous réalisez que le fait de parler devient comme une évidence ? »
« Y aurait-il un autre moyen ? » Avant, il m’envoyait un mail quand quelque chose n’allait pas.. C’était très désagréable. Je répondais : mais non tu te trompes, les choses ne vont pas si mal que ça. « Et à la maison, vous n’échangiez pas ? » Non.
« Chacun veut préserver cette routine. Ça fait partie de quelque chose que vous pouvez dire. »
« Comment allez-vous en cette fin de séance ? »
J’ai posé des choses mais serai-je capable d’aller plus loin…j’espère que oui.
« Il a réagi ; si vous ne réagissez pas, la prochaine fois ce sera quoi ? Vous avez peur d’un retour en arrière ; qu’est-ce qui peut se passer de si terrible ? » J’ai souvent été témoin de scène entre mes parents, j’étais très effrayée. C’est peut-être ce qui me fait peur. « Vous avez peur qu’il vous prenne pour sa mère, et c’est la peur de la petite fille. Vous pourriez montrer vos peurs. Votre peur c’est aussi peut-être de montrer votre vulnérabilité. Je vous laisse repartir avec ça. »
Ce que j’ai ressenti lors de cet entretien est de la colère. Je me suis dit : « Mais bon sang : parlez ensemble! ».
Ça a été ma première réaction.
J’ai vraiment eu l’impression qu’il y avait quelque chose de profond qui empêchait cette dame de communiquer avec son mari. Elle exprime que ses parents se disputaient beaucoup. Peut-être que la méthode de communication aurait pu l’aider à prendre conscience de cela.
Mais, par cet exemple, je veux insister sur le point suivant. Nous pouvons, en tant que CCF, avoir des ressentis et des impressions. Par contre la communication consciente nous envoie souvent sur des sentiers tout autres. Il est nécessaire de garder à l’esprit que c’est la personne qui doit s’exprimer ; la CCF l’aide dans l’expression des différents points de la méthode. Il n’est pas forcément nécessaire, du moins dans un premier temps de lui proposer des réponses. C’est important de lui laisser le temps de donner ses propres réponses.
De mon côté mes parents se disputaient aussi. C’est pour cela que je suis focalisée sur ses parents à elle. Mais peut-être que ce qu’elle m’exprimerait par la méthode de communication consciente serait tout autre.
Lors de nos réunions de couple Vivre et Aimer, on est souvent, pour ne pas dire tout le temps, surpris. On a quelque chose en tête qui nous appartient, et la personne va exprimer tout autre chose. Si la méthode n’avait pas été appliquée, il aurait été impossible de comprendre ce que la personne a réellement exprimé. On serait resté sur nos illusions.
Voici un nouveau un tableau pour voir l’entretien par le prisme de la communication consciente :
Communication consciente
La dame
Observation/comportement
Les bouteilles de whisky descendent vite.
On s’est accroché un soir
Le moment où je serai à la retraite
Sentiments
Peur/ Peur
Colère
Triste
Culpabilité
Inquiète
Besoins personnels/relationnels
D’exister ? De changement ? Calme ?
D’être aimé ?
Peurs/doutes
Peur de montrer sa vulnérabilité ?
Chemin de croissance
Parler en tant que son épouse
Parler en « je »
Parler lors d’une balade
(Les points d’interrogations sont les termes que l’on peut seulement supposer. Il n’est pas de notre rôle de supposer. La CCF pourrait le suggérer si les mots ne viennent pas facilement, simplement pour aider la personne à réfléchir.)
Il semble que la problématique de cette dame soit de parler à son mari. On ressent tout d’abord sa peur d’elle-même : pourrait-elle parler à son mari avec un ton, des mots appropriés? On ressent également la peur des réactions de son mari, comme elle a eu peur des réactions de ses parents, petite.
Cet entretien est une mise en abyme de la communication consciente !
Si on avait mené cet entretien avec l’outil de la communication consciente, on aurait pu faire parler la dame de son état actuel, puis lui demander de choisir un fait précis qu’elle voudrait travailler.
Ça pourrait être par exemple :
- On s’est accroché un soir.
On préciserait alors le fait : Au moment où il s’est emporté et a renversé la carafe sur la table (par exemple).
Ou encore :
- Le moment où je serai à la retraite.
Ce cas est plus délicat car il n’a pas encore eu lieu. Il vaut mieux trouver un cas passé, concret comme par exemple : L’après-midi où je n’ai pas travaillé (comme lorsque je serai à la retraite) et lors de laquelle nous ne nous sommes pas parlé jusqu’au repas du soir.
On lui demanderait alors quel a été son comportement spontané lors de ce fait.
Et puis on lui ferait exprimer ses sentiments face à cet évènement. Plus nous allons être précis dans les sentiments et plus la suite le sera aussi. Il est important de creuser cette phase-ci. C’est elle qui va permettre à la dame de se découvrir elle-même. Et les étapes suivantes en découleront. On aurait ensuite questionné la dame sur ses besoins personnels et relationnels, puis sur ses peurs ou ses doutes. Il est alors probable qu’elle aurait trouvé un chemin de croissance par elle-même. C’est toujours plus intéressant lorsque le chemin de croissance vient de la personne elle-même.
En fait, le fait de rester centré sur un fait précis permet de préciser chaque étape. Lorsque ce fait précis ressurgit, on comprend mieux ce qu’il se passe en nous. Notre chemin de croissance refait alors surface. La situation est vécue alors très différemment.
En conclusion à cette deuxième partie, nous pouvons dire qu’il y a des éléments de communication consciente dans ces entretiens. Cela permet à la personne d’avancer. Cependant il y a des éléments importants que l’on ne retrouve pas. Ils manquent alors à la personne, pour cheminer jusqu’au bout. On remarque également que les entretiens ne sont pas centrés sur une observation en particulier. Il y a plusieurs faits, plusieurs sentiments, plusieurs chemins de croissance parfois.
N’oublions pas qu’il s’agit d’une étude limitée. Nous n’avons pas assisté aux entretiens précédents et nous n’avons pas tout le contexte à notre connaissance.
III) Le rôle de la Conseillère Conjugale et Familiale
Comme nous l’avons dit précédemment la théorie de la communication consciente est aisée. La pratique l’est beaucoup moins. Les personnes restent souvent dans leurs schémas, leurs travers, leurs reproches. J’en ai fait l’expérience moi-même. A mes débuts, même si je connaissais la théorie, l’application pratique était compliquée. Car, pour pouvoir appliquer cette théorie, il fallait en avoir ressenti ces bienfaits ! Mais comment les ressentir si on n’applique pas la théorie ? C’est le chat qui se mord la queue. Et seule ou en couple, on ne s’en sort pas. La communication consciente n’est pas forcément un mode de communication naturel.
C’est ainsi que le rôle de la CCF est primordiale. La CCF propose à la personne d’aller là où elle n’a pas l’habitude d’aller. La CCF a un rôle de cadrage également. Cela afin de permettre à la personne d’avoir une analyse profonde de la situation. On pourra ainsi apprécier la puissance de cette méthode. En effet cette méthode va permettre à la personne de mieux se comprendre elle-même. Puis, de mieux comprendre l’autre. Même si les évènements se rejouent, ils se rejouent avec des acteurs qui ont évolué. La scène sera alors différente. Pour imager cela, prenons la pièce de Ionesco, « La cantatrice chauve ». La scène est rejouée plusieurs fois et de façons complètement différentes car les personnages ont changé quelque chose en eux.
Nous allons reprendre chaque point de la communication consciente et voir comment la CCF peut aider les personnes dans cette démarche de communication consciente.
La CCF va faire sélectionner à la personne un fait en particulier. De quel fait est-il le plus important de parler aujourd’hui pour elle ? Elle doit faire préciser le fait. C’était quel jour, quel moment de la journée. Que s’est-il passé exactement ?
A ce niveau, il est nécessaire d’observer clairement ce que nous voyons, entendons, sentons ou touchons, sans y mêler la moindre évaluation. La CCF a pour rôle de supprimer toute évaluation du fait précis.
Ainsi grâce aux questions de la CCF, la personne se replonge dans cette situation précise. C’est comme si elle la vivait à nouveau.
Alors la CCF peut demander à la personne quel a été son comportement face à cette situation.
Nous avons alors en tête une situation précise et un comportement associé.
La CCF va permettre à la personne d’exprimer son sentiment face à la situation précise choisie. Parfois trouver un sentiment peut s’avérer difficile. Comme le dit Marshall B. Rosenberg : « Avec la maturité, l’individu parvient à distinguer autant de nuances de sentiments que dans les différents mouvements d’une symphonie. Pour beaucoup d’entre nous, nos sentiments sont toutefois aussi limités que les notes de l’appel du clairon. »
La CCF peut proposer de choisir entre les quatre grandes familles de sentiments : la joie, la tristesse, la peur et la colère.
Lorsque la grande famille a été choisie, alors la CCF peut proposer d’affiner ce sentiment. Et dans ce sentiment de tristesse étiez-vous plutôt chagriné ou consterné ?
Il est nécessaire de trouver le sentiment juste pour la personne. Cela permettra à la personne de « mesurer » son sentiment.
La CCF est aussi là pour veiller à ce que la personne n’utilise pas de mots ou de phrases emprunts d’interprétations ou de jugements. Les éléments du tableau suivants sont à manier, en effet, avec précaution.
En effet je me sens abandonné peut sous-entendre : tu m’abandonnes.
La CCF peut aider la personne à trouver quel sentiment cache ce jugement : Vous sentez-vous dévalorisé, préoccupé, ou angoissé ?
A chaque fois que l’on peut rajouter « par » à la suite du sentiment exprimé (exemple : ignoré par mon mari) alors la CCF peut faire exprimer le sentiment différemment. Par exemple : « Je vis cette situation comme si j’étais abandonné, ou dévalorisé ou étouffé… » L’expression neutre du sentiment est importante afin que personne ne se sente jugé. Le sentiment est propre à la personne qui l’exprime et ne dépend pas d’autrui.
S’il y a de nombreux sentiments exprimés par la personne, la CCF va aider la personne à savoir quel est celui qui est le plus important pour elle. La CCF va permettre à la personne de faire le tri et de choisir un sentiment majeur.
La CCF permettra également de distinguer les sentiments des interprétations mentales. Comme le dit Marshall B. Rosenberg : « Une confusion fréquente est due à l’emploi de verbe « sentir » dans les phrases où nous exprimons nos pensées plutôt que nos sentiments. Ainsi, dans une phrase comme : « je sens que je me suis fait avoir », il serait plus juste de remplacer le verbe sentir par le verbe « penser ». En règle générale, « avoir le sentiment » ou « sentir que » sont le plus souvent suivies de pensées, d’opinions ou d’expressions mentales, plutôt que de sentiments. Par exemple, le locuteur peut dire : « Je me sens nul à la guitare.» Il évalue ici sa compétence de guitariste mais n’exprime pas clairement son sentiment. Son sentiment pourrait être : « Je suis déçu par mes talents de guitariste. » ou encore « Je suis impatient de progresser. » ou même « Je suis mécontent de la façon dont je joue. ».
La CCF peut alors poser la question : Qu’éprouvez-vous dans cette situation ?
La CCF peut faire préciser le sentiment. Elle peut demander de rajouter « comme si » ou « comme quand ». Exemple : Je me sens ému, comme quand notre enfant est venu au monde.
Les « comme si » et « comme quand » permettent de pondérer la force des sentiments, de les colorer afin de mieux les comprendre soi-même et de mieux les faire partager.
Si une personne dit : je me sens peiné. Ce ne sera pas la même compréhension du sentiment si elle dit :
Comme si je devais annuler notre soirée en amoureux
Ou encore :
Comme si j’apprenais le décès d’un proche.
De plus la CCF peut faire encore préciser le sentiment avec des idées flash.
C’est ce qui vient en tête à la personne sans trop réfléchir.
La CCF peut par exemple demander : « Et qu’est-ce que vous vous êtes dit ? ». Ou encore : « Qu’est-ce qui vous est passé par la tête à ce moment-là ? »
Pour mieux comprendre les idées flash, en voici quelques exemples :
« J’étais en colère contre cette maladie. Je l’aurai bien écrasée, comme cette mouche que je viens d’écraser contre la fenêtre. »
Ou encore :
« Zut » ou « chouette » ou « c’est toujours la même chose »
Ses idées flash permettent souvent d’avoir une compréhension encore meilleure du sentiment. Comme un sentiment en image !
Par rapport au sentiment, la CCF peut choisir de passer du temps pour faire prendre conscience à la personne du coût élevé des sentiments inexprimés. Cela ne fait pas parti à proprement parlé du processus de la communication consciente mais cela peut être un moyen de prise de conscience. Comme le dit Marshall B. Rosenberg, il y a beaucoup de professions dont la déontologie n’encourage pas l’observation de ses propres émotions notamment chez les avocats, les ingénieurs, les chefs d’entreprise, les militaires…Ce n’est pas courant de faire un arrêt sur image et d’observer ce qui se passe en nous. Selon Marshall B. Rosenberg : « Nous disposons souvent d’un lexique bien plus riche pour qualifier autrui que pour décrire clairement nos propres émotions. J’ai passé vingt et un an sur les bancs des écoles américaines et je ne me souviens pas que quiconque m’ait jamais demandé comment je me sentais. Les sentiments étaient tout simplement négligés ; ce qui comptait, c’était la bonne façon de penser » définie par ceux qui occupaient des postes clés ou détenaient quelque autorité. Nous sommes davantage formés à diriger notre attention sur les autres qu’à être en contact avec nous-même. Nous apprenons à fonctionner avec notre tête et à nous demander : Qu’est-ce que les autres pensent que je devrais dire ou faire ? »
Je l’ai constaté moi-même lors des animations scolaires que j’ai pu observer dans le cadre de ma formation CCF. Il s’agissait de faire prendre conscience aux élèves que l’être est fait d’un corps, d’une intelligence mais aussi d’émotions. Cette notion d’émotions n’a pas été facilement compréhensible.
Le risque des sentiments inexprimés est celui que nous évoquions au premier chapitre de ce mémoire et que nous avons illustré avec le texte sur le masque en annexe 2.
La CCF a un rôle à jouer pour que chacun entende et comprenne les sentiments de l’autre s’il s’agit d’un couple. Et s’il est question d’une personne seule : La CCF lui permet de réaliser ses propres sentiments.
Elle peut faire reformuler pour être sûr que le sentiment soit bien compris. La CCF peut s’appuyer sur les « comme si » ou « comme quand » en posant des questions à l’autre pour savoir ce que ça lui évoque.
Si nous exprimons nos besoins, nous augmentons nos chances qu’ils soient satisfaits.
La CCF aide la personne à exprimer son propre besoin face à la situation.
Elle peut poser les questions suivantes :
Qu’est-ce qui vous manquait ? De quoi aviez-vous besoin ?
Puis dans un deuxième temps elle proposera à la personne de réfléchir au besoin relationnel qu’elle avait à ce moment-là. Elle pourra lui présenter les différents aspects de besoins relationnels déjà vus an annexe 5.
S’il est difficile de déterminer des besoins, la CCF peut s’appuyer sur les éventuels jugements, critiques ou interprétations qui sont autant d’expression détournées de nos besoins.
Lorsque nous exprimons d’une façon détournée nos besoins, l’autre risque d’entendre une critique, ce qui est contreproductif.
Exemple : « Tu ne me comprends jamais ». Cela nous dit en réalité que son besoin d’être compris n’est pas satisfait.
La CCF peut faire prendre conscience que si nous n’accordons pas de valeur à nos besoins les autres n’en n’accorderont peut-être pas davantage.
La CCF peut expliquer que l’expression des besoins n’est pas toujours valorisée dans notre société.
Marshall B. Rosenberg écrit : « Dans un monde où nous sommes souvent sévèrement jugés lorsque nous identifions et révélons nos besoin, cette démarche peut faire peur, surtout aux femmes, qui essuient encore plus de critiques. On entretient en effet depuis des siècles une image de la femme aimante, censé se sacrifier et renier ses besoins pour se consacrer aux autres. Or, dans la mesure où les femmes sont élevées dans l’idée que c’est leur fonction sociale première, elles ont souvent appris à ignorer leurs propres besoins. »
On trouvera en annexe 8 un texte de Marshall B. Rosenberg, édifiant, sur l’expression des besoins.
La CCF peut également faire prendre conscience du chemin parcouru en s’appuyant sur les différentes phases de la communication consciente dont nous parlions en I-c).
Un exemple est donné par Marshall B. Rosenberg sur sa fille : « Je reçus un appel de son proviseur, qui avait visiblement été perturbé par un échange avec Marla, arrivée au lycée en salopette. « Marla, lui avait-il dit, ce n’est pas une tenue pour une jeune-fille ! » Marla avait réagi au quart de tour : « Je vous emmerde ! » La nouvelle me réjouit : Marla venait de passer de l’esclavage affectif à la phase exécrable ! Elle apprenait à exprimer ses besoins et à s’exposer au mécontentement des autres. Il lui fallait certes encore apprendre à affirmer ses besoins sereinement et en respectant ceux des autres, mais j’étais convaincu que cela viendrait en son temps. »
III-3) Le chemin de croissance
Le chemin de croissance n’est pas évident à trouver seul : sinon la personne l’aurait déjà fait !
Le rôle de la CCF est de lui faire prendre conscience de tout le chemin parcouru. De tout ce qu’elle a compris sur ses sentiments, ses besoins, ses peurs. Que pourrait-elle mettre en place ? Si le fait se reproduit, de quelle manière arrivera-t-elle à réagir de façon plus apaisée ? Qu’est-ce qui change en elle ?
La CCF peut ensuite la faire travailler sur ses demandes auprès de l’autre : Que pourriez-vous lui demander pour être plus apaisée la prochaine fois qu’un tel évènement se présente à nouveau ?
Le rôle de la CCF est de l’aider à formuler une demande de de telle sorte que l’autre prenne plaisir à répondre à ses besoins.
La CCF va l’aider à formuler sa demande en utilisant un langage d’action positif. « Comment fait-on un ne fais pas ? » est une chanson dont fait référence Marshall B. Rosenberg.
La CCF aide la personne à demander des actes concrets, réalisables et précis.
La CCF peut également s’assurer qu’il s’agit bien d’une demande et non d’une exigence. Comment accueilleriez-vous une réponse négative à cette demande ?
III-4) La communication consciente pour la CCF elle-même
Il me parait également important de dire que la communication consciente peut s’appliquer à la CCF elle-même. Lors d’un entretien, quelque chose ne lui convient pas. Elle peut alors s’exprimer par la méthode de communication consciente pour que l’entretien se passe d’une façon qui lui convient. C’est une manière de redonner le cadre. Par exemple si une personne est grossière. La CCF peut exprimer son sentiment par rapport à cela puis faire part de son besoin personnel. Elle fera alors une demande de n’employer que des termes courtois.
Concluons sur le rôle de la Conseillère Conjugale et Familiale. Nous pouvons dire que son rôle est fondamental. La personne seule ou le couple seul ne peut faire ce cheminement sans y être aidé par une tierce personne. Chacun a son histoire, ses limites, ses réflexes de communication. Sans la CCF, la personne piloterait un avion comme on conduit une voiture et ce serait le crash assuré !
CONCLUSION
Ce mémoire représente pour moi une prise de recul par rapport à ma pratique personnelle de communication consciente. Il m’a permis de rassembler des éléments de communication consciente que je connaissais et de faire des choix. C’est ainsi que je pourrai m’appuyer sur la méthode complète développée dans ce mémoire pour ma future pratique du métier de CCF.
Nous pouvons dire que la communication consciente est un outil performant. S’il est bien compris et bien suivi il permet de progresser d’un point de vue personnel et relationnel. La communication consciente permet d’apprendre à se connaître soi-même avec ses forces et ses faiblesses. Si nous nous comprenons nous-même, il est plus aisé de s’accepter tel que l’on est. Et par voie de conséquence, il est également plus facile de faire comprendre à l’autre qui nous sommes. L’autre, nous ayant compris, acceptera d’autant plus notre être tel qu’il est.
La communication consciente ne nous veut que du bien ! Elle se construit sur des faits précis, des comportements, des sentiments, des besoins personnels et relationnels, des peurs, des demandes à soi-même et à l’autre.
Si nous comprenons: comment ne pas accepter ? La clef de la communication consciente est la compréhension de soi et de l’autre.
Pour la plupart d’entre nous, nous avons été éduqués presque à l’opposé de ce que la communication consciente nous propose de faire. Nous évoluons dans une société de critique, de compétition, de jugement manichéen.
Du temps est ainsi nécessaire pour parvenir à appliquer cette méthode. L’aide apportée par la Conseillère Conjugale et Familiale est précieuse. Elle permet à la personne d’arriver à appréhender, pas-à-pas, chacune des cinq différentes étapes de cette communication. La Communication Consciente aide à sortir du référentiel dans lequel la personne s’est enfermée. Les barrières, les aprioris, les carcans tombent. Elle nous délivre de nos prisons inconscientes. Nous communiquons alors en toute conscience de ce que l’on est et de ce que l’on dit.
Avant de commencer ma formation en Conseil Conjugal et Familial, je pensais que la personne seule, était à même de se comprendre puisqu’elle avait toutes les informations en elle. L’association Vivre et Aimer, la formation CCF et ce travail m’ont permis de comprendre que l’on a toutes les serrures mais pas forcément toutes les clefs ! La CCF, au travers de la communication Consciente, aide à retrouver le trousseau !
La Conseillère Conjugale et Familiale nous accompagne sur un chemin de délivrance et nous permet de nous regarder avec bienveillance. En vérité, de nous aimer. Cela représente l’effort de toute une vie ! Bon travail à tous !